WE ARE ALL ANGLOPHONES !!!

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PAUL BIYA et son régime sont les seuls responsables de ce qui s’est passé ce 8 décembre à Bamenda. Ils sont responsables des tensions qui mettent en péril le Kamerun (ré)unifié en 1961. Ils sont des alliés objectifs du courant sécessionniste.

Commençons par exprimer notre solidarité avec les Camerounais qui font face à la répression sanglante de la police de Biya, actuellement à Bamenda, et notre soutien total à ceux qui résistent à la tyrannie.

De fait, la résistance en cours en ce moment dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest du Cameroun est l’expression du potentiel insurrectionnel propre à une longue tradition kamerunaise des luttes sociales et politiques opiniâtres. Nous devons être fières d’eux et saluer la mémoire ce ceux qui, à l’exemple de Julius Akum, étudiant à l’Université de Bamenda, âgé de 26 ans, y ont perdu leur vie.

L’on sait que face aux contentieux majeurs qui travaillent la société camerounaise depuis l’indépendance, les régimes d’Ahidjo, hier, et celui de Biya, aujourd’hui, n’ont jamais su répondre que par la violence la plus brutale, les bastonnades, les emprisonnements, les tortures et les assassinats. Gérer les conflits sociaux, à leurs yeux, n’a jamais consisté qu’à faire taire les protestataires (au moyen d’exécutions sommaires, des emprisonnements ou par le biais de la corruption) et à instiller la peur. A ce mode de gouvernement par la terreur, mis en place par Ahidjo et ses parrains français à la veille de l’indépendance, Paul Biya a ajouté le gouvernement par l’abandon, la négligence et l’indifférence.

Il refuse de discuter, persécute et criminalise les protestataires, tout en ajournant indéfiniment la résolution des problèmes qui s’accumulent et se compliquent toujours plus avec le temps qui passe. L’un des traits caractéristiques du Cameroun sous Biya réside dans la propension quasi congénitale de ceux qui font semblant de nous gouverner à imposer un modèle de gouvernement totalement incapable d’intégrer le conflit social et les divergences ou même la pluralité des points de vue, rendant ainsi tout changement non violent extrêmement difficile, voire impossible.

Dans la postcolonie de Biya, l’on confond l’unanimisme à la paix et l’immobilisme est rebaptisé « stabilité ». Les divergences de vue sont suspectes et toute protestation est sacrilège. L’on désigne des boucs émissaires ; l’on traque des « tireurs de ficelles » imaginaires qui ne sont tapis nulle part ailleurs que dans la paranoïa du satrape. Mais l’on ne se soucie guère de résoudre les vrais problèmes à l’origine du mécontentement.

Les enseignants anglophones avaient formellement exprimé leurs revendications depuis 2012 et les avocats depuis mai 2015. Mais ils n’avaient alors rencontré que le silence dédaigneux et l’indifférence du pouvoir de Yaoundé. Fatigués d’attendre, ils sont revenus à la charge en octobre dernier. Les citoyens communs et ordinaires, la masse des frustrés que personne n’avait invité à la protestation les ont rejoints dans les rues de Buea et de Bamenda. C’est que le mal-être et le ras-le-bol sont si profonds dans ce pays qu’ils s’expriment comme ils peuvent, à la première occasion, en dépit de la faiblesse des mobilisations collectives dans le pays (et pour cause !).

C’est ainsi que le malaise anglophone a de nouveau fait irruption sur la scène publique, sans y avoir été invité. Celui-ci s’exprime publiquement depuis la première moitié des années 1980 mais n’a jamais trouvé une oreille attentive du côté du gouvernement camerounais qui s’obstine à le nier. Comme d’habitude, le gouvernement de Biya s’est donc refusé à tout dialogue sincère avec les enseignants et les avocats anglophones que les policiers et les gendarmes ont pris plaisir à brutaliser et à humilier publiquement ; avant de s’en prendre ensuite aux étudiant.e.s de l’Université de Buea sur lesquels ils se sont complètement défoulés, ayant manifestement reçu licence absolue. À Bamenda, ces forces dites de « l’ordre » avaient déjà sommairement exécutés quelques manifestants, comme de coutume, sans que cela ne trouble la quiétude ni le sommeil de M. Biya qui n’est pourtant pas encore retourné chez lui, en Suisse.

Or, refuser d’écouter les protestations populaires et y répondre systématiquement par la violence ne laisse logiquement que deux alternatives au mouvement social : le silence apeuré ou alors la radicalisation de la protestation. Pour ce qui est du mouvement anglophone, c’est cette seconde option qui l’a le plus souvent emporté. C’est donc face au refus d’écouter et de discuter du gouvernement camerounais et face à la répression systématique que les mouvements anglophones ont progressivement radicalisé leur discours, comme le démontre l’examen des faits. Au début des années 1990, le courant sécessionniste représenté alors par le FWCM (Free West Cameroon Movement) et l’Ambazonia Movement étaient ultra minoritaire et sans réelle base populaire. Seuls le CAM (Cameroon Anglophone Movement) et la AAC (All Anglophone Conference) qui demandaient des réformes institutionnelles avaient une audience considérable. La naissance du SCNC (Southern Cameroons National Council), au milieu des années 1990, est l’expressions même de cette radicalisation progressive du discours, devant l’indifférence et l’insouciante arrogance du régime du RDPC.

Parce qu’il lui a fourni un terreau fertile en entretenant la frustration et a élargi son audience, Paul Biya peut donc être considéré comme l’allié objectif du courant sécessionniste anglophone. Son gouvernement et lui doivent aussi être tenus pour seuls et uniques responsables de tout ce qui arrive aujourd’hui à Bamenda, à Buea ou à Kumba. Leurs mains criminelles sont dégoulinantes du sang de Julius Akum et de toutes les victimes de cette répression sanglante et injustifiable. Paul Biya sera par ailleurs tenu pour seul responsable de l’escalade qui, dans ces conditions, met en péril l’Unification des deux rives du Moungo que d’illustres ancêtres, hier payèrent de leur vie.

Car on ne peut sérieusement accuser aucun militant ou plaignant anglophones de nourrir des velléités sécessionnistes tant que les responsables politiques n’ont même pas daigné reconnaître l’existence d’un malaise ; tant qu’on n’a ni écouté ni proposé quoi que ce soit d’autre à ceux qui protestent, tant qu’on leur répond par des coups de feu et qu’on n’entend imposer que la paix des cimetières. Le résultat logique de cette politique des exécutions sommaires menée par l’État policier ne peut être que l’escalade, la colère et la radicalisation.

Ce n’est pas à ceux qui protestent de capituler et de se taire sans avoir été entendus de quelque manière que ce soit. C’est à ceux qui prétendent gouverner d’écouter les gouvernés, de discuter et de proposer des solutions.

Répétons donc. Devant le peuple Camerounais et devant l’histoire, Paul Biya est seul responsable de ce qui arrive aujourd’hui à Bamenda et ailleurs dans les provinces du South-West et du North-West. Dans les conditions actuelles, il est seul comptable du sort et de l’avenir des deux rives du Moungo. Il s’est comporté jusqu’à présent comme un allié objectif du courant sécessionniste anglophone. Ce qui, hier fut chèrement acquis au prix du sang des innocents est aujourd’hui mis en péril par le sang de nouveaux innocents, versé à Bamenda ce 8 décembre 2016 par la police Paul Biya.

De tout ceci, il devra répondre devant le peuple kamerunais et devant l’histoire.

Que les morts de Bamenda reposent en paix.

WE ARE ALL ANGLOPHONES !!!

 

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