Charles Ndongo, le mendiant-modèle

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Après sa nomination le 29 juin 2016 comme Directeur général de la CRTV (Cameroon Radio and Television), Charles Ndongo confesse, le cœur rempli d’émotion et la voix tremblante de gratitude : « Paul Biya ne m’a pas seulement sauvé de la retraite, il m’a plus, fondamentalement et littéralement sauvé la vie ». Trois mois plus tard, le 19 septembre 2016, celui qu’une génération de contempteurs fébriles et charitables présente comme un modèle de journalisme, réaffirme ainsi sa reconnaissance sans bornes, avec cette déférence dépourvue du moindre orgueil qu’on reconnaît aux courtisans : « La main de Dieu et la plume du Président ont changé ma vie.  Ce président m’a couvert et littéralement couvé depuis le début de ma carrière qui, comme vous le savez, commence juste un an après son accession à la magistrature suprême. De même que le RDPC est le cheval de bataille du président de la République, de même, la CRTV est le Tam-Tam du chef de l’Etat ».

Pourquoi avoir honte de telles reptations ? Pour le mendiant, la honte n’est pas une vertu. Mais un danger qui éloigne des réseaux de rente où le mérite et la probité sont des fautes lourdes, passibles d’exclusion définitive du partage du gâteau de la prévarication nationale. Un adage, bien camerounais, dit que le « ndock [la gourmandise] c’est le courage ». Mais, le courage dont il est ici question est en fait de la témérité ; bien plus grave, une sorte de je-m’en-foutisme qui se moque de toute bienséance, qui n’a que faire de la dignité. Dans un pays comme le Cameroun, des mendiants de la trempe de Charles Ndongo doivent leur survie, leur sauvetage, à leur aptitude à comprendre le langage qu’il faut pour manger, à maîtriser les techniques d’insertion dans le réseau de ceux et de celles qui mangent. Ils doivent posséder cette sorte de kit du mendiant en postcolonie : humiliation, mensonge et dévotion.

On se fait plus bas que terre, on renie qui on est et on accède à la ‘qualité’ de chose maniable à souhait par le tyran et sa suite. Et puis, on ment, on ment comme jamais. Dans l’histoire publique de ce pays, il y a des maîtres tutélaires du mensonge, des gens comme Kontchou Kouemegni qui ont fait carrière dans le mensonge et dont on peut toujours s’inspirer. Et enfin, on se convertit, on accède à une nouvelle religiosité, on comprend enfin qu’il n’y a qu’un seul dieu et il est Dieu : c’est le stade suprême, celui de la dévotion et de l’adoration du Créateur par les créatures. Charles Ndongo est un digne fils de ce régime qui le lui rend bien. Qui s’étonnera donc de ses propos ? Mais, qu’il continue, comme ses pairs, à prendre nos médias publics en otage en débitant de telles inepties, à en faire des instruments acquis à la cause d’un parti politique et d’un homme et de ses affidés, cela, qui l’oubliera ? Qui oubliera que depuis les évènements sanglants de ces derniers jours à Bamenda et à Buea, le traitement que la CRTV en a fait n’aura été qu’une vaste entreprise de déni, de mépris pour les vies humaines fauchées et d’arrogance ? Qui oubliera cette collusion objective au détriment de la vérité, au  péril de la liberté ? C’est une autre page à consigner dans les Archives de la Tyrannie.

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